AU FIL DES MOTS…

34u123 12,23 1u Mon, 23 Jan 2012 13:04:34 +010024,2010

freres d’infortune

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

le rhandou cheib, he zorhour cleb . ( celui qui n’a pas d’amis, ce sont les chiens qui viennent le visiter ). Proverbe judeo-arabe que m’a transmis Maman et qu’elle meme a recu de Hanna, sa mere. Que son souvenir soit beni a jamais.

C’etait un dimanche matin d’hiver comme seul Paris est capable d’engendrer. L’obscurite menait encore une froide bataille face a un jour naissant, timide et deja perdant, J’etais assis depuis une  bonne heure dans le silence pesant, entrecoupe seulement des cliquetis et des roulements des tambours des machines a laver. Le son qu’elles produisaient me plonger dans une epaisse torpeur dont j’avais le plus grand mal a m’extraire. Il y avait le froid tenace qui regnait dehors et qui s’immissait jusqu’a l’interieur de la laverie. La lumiere artificielle bien trop agressive de cet univers aseptise finissait par planter le decor de ce deprimant debut de journee..!

Et pourtant…

Comment etait il arrive la, peut etre une halte obligee sur son parcours ? Toujours est il qu’il se tenait  face a la porte d’entree et me fixait de ses grands yeux suppliants. Lui, c’etait un  batard, un chien sans nom comme on en croise parfois au coeur de nos megapoles. Il continuait a m’observer avec insistance et dans son regard lourd de tristesse et beau a la fois. Je lisais vie de galere, vie sans toit, sans maitre aimant ni affection et jeux des enfants autour de lui. Pour tout cela et parce que la compagnie de nos amis a quatres pattes etait inscrite dans le patrimoine familial. J’avais decide de lui offrir refuge. Il avait traverse le local d’un pas resigne sans meme jeter cette fois ci un seul regard vers ma personne. Il s’etait dirige vers le fond de la laverie dans l’endroit le plus exigu et en meme temps le moins expose aux courants d’air glace. Cache a la vue des quelques rares clients, il pouvait enfin rever a quelques instants de repos. Il avait pousse un long soupir de soulagement et dans ses grands yeux fatigues de chien blesse. J’avais percu comme une forme de gratitude a mon egard. Nous etions , lui et moi, comme seuls au monde mais une evidence s’imposait au milieu de ce rude hiver  dont on ne percevait plus la fin. Nous nous etions sur le champ, reconnus freres d’infortune. Son souvenir me hante jusqu’a aujourd’hui et dans ce desert glacial que je traversais alors a Paris pour la derniere fois, Dieu merci. Ce  chien inconnu, sorti de l’obscurite que le Maitre du Monde, lui qui voit tout et entend tout, s’etait ingenie a placer sur mon chemin. portait sans le savoir, ce brave toutou, un message d’espoir qui venait contredire, fusse pour quelques minutes cette vision d’un Paris indifferent a la solitude et a la misere de  ses habitants.

Yacov Charbit ( sur l’autre rive )

58u1229 11,29 12u Thu, 29 Dec 2011 20:09:58 +010024,2010

Tahor ( pur )

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

Matin d’hiver sur Yaffo, un temps triste, un ciel charge en nuages mais qui hesite encore entre averse franche et eclaircies. Mais n’est pas ainsi que bat parfois le coeur des hommes ? . C’est a cet instant qu’elle a surgit. Une jeune femme grande et belle, sa tenue d’aspect stricte la range dans la tendance orthodoxe  de la population, Elle avance d’un pas leger au milieu  du troitoir et son allure renvoit a je ne sais quoi de princier et d’emouvant a la fois. Elle a croise rapidement mon chemin mais j’ai le temps d’apercevoir un large sourire sur son beau visage. Pendant un instant je me  dois de   le confier, je n’ai pas saisi ce qui se tramait la. J’avais depuis longtemps depasse le Shouk Marhane Yehouda quand soudaim ma memoire est venue a mon secours. La jeune femme croisee sur Yaffo n’etait pas une etrangere pour moi. Je pouvais enfin relier la rencontre de ce matin a la lecture, il y a quelques annees, d’un magnifique poeme de Heinrich Heine. L’auteur y decrit avec talent et emotion la beaute et la grandeur des sentiments qui s’expriment chez une jeune fille juive. A l’epoque cela evoquait pour moi indiscutablement l’innocence confrontee a la folie meutriere de nos bourreaux aux heures sombres de l’histoire du Peuple Juif. C’etait a cela a nouveau, mais pas seulement que j’etais convie l’espace d’un court instant.  Poser sur les traits de cette demoiselle les vers tellement touchants de Heine, quel hommage sacre , intemporel et eternel a la femme Juive, Ce matin d’hiver au coeur de Jerusalem, je restais partage et indecis comme l’etait le ciel tourmente au dessus de nous, Ce sourire synonime d’amour de la vie et oh combien, symbole de la jeunesse de ce pays m’allait droit au coeur. Pourtant je ne pouvais taire en moi le souvenir de la barbarie des hommes qui n’avaient pas voulu lire sur tant de visages identiques de nos femmes un appel a la clemence et a la pitie.

(   Yacov Charbit. sur l’autre rive. )

20u1208 11,8 12u Thu, 08 Dec 2011 18:02:20 +010024,2010

BONHEUR

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

Une photo, la seule peut etre ou posent l’ensemble des enfants Charbit a l’occasion du Mariage de l’un d’eux. Il me semble qu’il s’agit de l’oncle Jacob mais je peux me tromper.

Magnifique, emouvant. temoignage unique que j’ai eu la chance de decouvrir quelques mois, une annee tout au plus avant que Hanna, ma grand mere ne quitte ce monde. Je me souviens maintenant, c’est Maman qui avait tenu a ce que je m’attarde quelques instants sur ce precieux document. Pourquoi avait elle insiste alors ?. Y avait il autre chose a contempler que ces visages radieux ?. Un message cache pour les generations presentes et a venir ? Sans aucun doute.

Apres le deces de Hanna, cette photographie a disparu des cartons et des boites qui s’etaient accumuleees au fil des annees et qui racontaient une periode revolue, un temps lointain avant l’exil, des vies, des peines anciennes et des bonheurs plus recents. Depuis j’ai bien tente de questionner Maman mais elle ignore ce qu’est devenu cette parcelle de memoire. Image noire et blanc, jaunie  et usee par les doigts de tous ceux qui se sont penches dessus. Fraction de vie saisie par l’objectif du photographe mandate pour fixer sur la pellicule le mariage d’un des enfants Charbit.Je reconnais  sans difficulte Meme jeune et belle, tellement elegante et si grande, bien plus que je ne l’imaginais. La photo date des annees 30, les vetements de tous les invites en portent temoignage. Beaute des tenues, chapeaux pour ces Dames, Hauts de forme pour les Messieurs nous renseignent sur leur situation financiere du moment. Mais ce qui detonne le plus ce n’est ni les costumes ni l’extreme elegance des toilettes des femmes, c’est tres vite ces sourires qui eclairemt tous les visages. Plus on s’attarde sur chacun des portraits des freres, des soeurs et des cousins qui posent la pour la posterite . Plus se degage une verite premiere qui se traduit sur le cliche par une proximite, une cohesion, une solidarite entre tous tous  qui emeut profondement. Cette emotion que l’on releve nous interpelle aujourd’hui, nous petits enfants, descendants des Charbit. Quelles sont les valeurs familiales qui meritent d’etre preservees et transmises a leur tour a nos enfants ? Vaste question…

Je n’ai jamais oublie cette photographie, j’ignore ou elle a atteri. J’espere que celui ou celle qui detient ce tresor saura le preserver de l’usure du temps, des regards indiscrets et d’intentions malhonnetes. Je l’invite surtout apres avoir subtilise une partie, voir infime du patrimoine familial a se montrer genereux et a en faire partager les autres membres de la famille. Ainsi cette attitude bien eloignee de l’etat d’esprit et de la philosophie de vie des Charbit lui sera pardonnee.

Yacov Charbit ( sur l’autre rive )

35u1206 11,6 12u Tue, 06 Dec 2011 09:43:35 +010024,2010

ESPERANCE.

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

Ma  grand mere Hanna ne s’est jamais rendue en Israel. Pourtant elle en revait…

Elle avait peur de prendre l’avion, souvenir traumatisant d’un vol tres agite entre Oran et Marseille. Depuis, elle avait la phobie des transports aeriens. Aussi m’invitait elle a l’accompagner le moment venu et ensemble nous volerions vers Israel. Helas ma grans mere est partie trop tot. Elle a rejoind son Createur et je n’ai pas pu exerce le role qu’elle m’avait attribue.Je ne la verrai donc pas fouler de ses pieds le tarmac de l’aeroport Ben Gourion et cela me rend triste jusqu’a aujourd’hui.

RAPPELS.

A l’instant ou j’ecris ces mots me revient en memoire une scene que je ne peux situer dans le temps mais qui est restee graver au plus secret de mon coeur. Meme avait ouvert un des tiroirs de son armoire pour en retirer un petit sac de velours, Ce sac contenait de la terre d’Israel qu’elle tenait a conserver la, et qui un jour lointain serait depose a ses cotes dans sa tombe. Je me souviens a l’evocation de ce jour funeste, j’avais avec peine reprime un long sanglot. Dans  le meme tiroir voisinait un autre objet qu’elle cherissait par dessus tout. Il s’agissait  du foulard de sa defunte mere Kamrha. Ce voile de tissus avait resiste au depart force d’Algerie, traverse la Mediterrannee et les annees. Je voyais ma grand mere et j’etais alors un enfant le porter comme un remede, une antidote aux jours sombres et tristes. < Ce la me fait du bien, tu sait mon petit fils > me confiait elle et elle continuait a vaquer a ses occupations en silence.

ANNEES 70.

Ultimes attachements a ce qui constituait, je pense pour nos aines,  les derniers reperes d’une famille juive malmenee par son dernier exil et poursuivie par une assimilation   galopante.

Et pourtant…le foularrd herite de Kamrha, image tellement belle de piete familiale. Quant au petit sac de terre qui accompagne ma grand mere dans son voyage vers l’eternite. Un aglomerat d’argile, de grains de  sable et de poussiere, porteur d’une esperance relayee de generation en generation depuis la destruction du Second Temple. Depuis plus de 60 ans le reve d’opposer un dementi a cette sentence de l’histoire s’est fait realite, a bouleverse les pronostics les plus pessimistes et a pour Nom Etat d’Israel.

CERTITUDE.

a l’heure de la venue du Machiarh et du rassemblement de tous les exiles, nos disparus aussi seront parmi nous dans la Jerusalem Retrouvee comme n’ont cesse de le clamer tous nos prophetes. J’en suis convaincu.

Yacov Charbit ( sur l’autre Rive )

4 kislev 5772

4 decembre 2011

03u1127 11,27 11u Sun, 27 Nov 2011 11:36:03 +010024,2010

A la recherche du tresor d’Abd-El-Khadder. ( en hommage a David Charbit, que son souvenir soit beni )

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

C’etait decide, ce sera pour ce soir… Apres maintes hesitations, conciliabules le grand jour etait arrive. On allait enfin passer a l’action et se lancer a la recherche du tresor tant convoite de Abd-El-Khadder, le valeureux combattant et chef de la revolte arabe de 1830. Le secret avait ete bien garde et a part les membres du trio, j’ai nomme David Charbit, son ami d’enfance Messaoud et Gibril le Taleb, melange de sorcier et guerisseur, tout Saida ignorait les preparatifs de nos trois comparses. Les trois hommes  se mirent aussitot en chemin vers les grottes du Vieux-Saida, lieu presume de la defaite, face aux soldats du colonel Bugeaud , de la Smala d’Abd-El-Khadder. Son tresor, mais nul historien n’en fait mention serait enfoui dans une des multiples cavites naturelles qui tapissent les parois escarpees de l’Oued-Saida. La nuit sombre et les multiples enjeux  de cette escapade  loin des lumieres apaisantes de la petite ville, rendait les hommes anxieux, Ils haterent le pas de peur d’etre surpris par une ronde de la marechaussee. Voila qu’ils venaient de contourner les mures du cimetiere Juif, bientot ils seraient en vue du Vieux-Saida. Ils quitterent avec soulagement le chemin principal et plongerent dans le petit sentier qui conduisait au bord de l’oued. De la, il leur fallu, non sans danger escalader  de gros rochers puis a l’aide d’une echelle de corde se hisser jusqu’a l’entree d’une grotte que la vegetation dense,  cachait  le jour au commun des mortels.Aves des gestes precis, Gibril avait  rassemble quelques bois morts pour allumer un feu.. Il sortit d’un grand sac de toile un vieux chaudron qui avait du servir lors de nombreuses ceremonies  de meme nature. Maintenant les trois hommes  s’etaient rapproches. Messaoud, l’ami fidele de David se lamentait deja d’avoir accepte de se joindre a cette folle escapade. La peur se lisait sur son visage mais il etait trop tard maintenant pour revenir en arriere . Gibril avait extrait d’une pochette de tissus accrochee a son cou un fin rouleau de parchemin. Il s’etait lance aussitot dans des incantations en dialecte arabe mele de berbere. Les flammes qui dansaient  sur les parois  et l’echo de leurs crepitements remplissant le silence lugubre  jusqu’au  fond de la grotte, glacerent le sang de nos  deux amis. Ce fut le moment choisi par Gibril le sorcier pour jeter dans le chaudron le contenu d’une petite fiole. Dehors, la lune devint immense et ses rayons illuminerent  le massif rocheux tout entier. Puis tout alla tres vite… Les flammes se mirent soudainement  a rougeoiyer, un sifflement d’abord , puis une explosion se fit entendre, dispersant des cendres incandescentes au visage des trois malheureux. Quand David put enfin ouvrir un oeil. le second le faisant atrocement souffrir, une creature au regard malfaisant se tenait face a lui en lieu et en place du chaudron. Cette apparition soudaine eut pour effet de reveiller en eux toutes les forces necessaires pour fuir au plus vite ce lieu ensorcelle . Sans meme se premunir des dangers de la descente vers le fond de la gorge, ils devalerent,  tels des cabris les eboulis et prirent la poudre d’escampette en direction de la ville. Legende ou realite, nul ne le sait encore aujourd’hui. Toujours est il que l’oncle David , frere de Hanna, ma defunte grand-mere garda au coin de l’oeil une cicatrice, vestige a ses dires d’une brulure occasionnee par l’explosion du chaudron malefique. A defaut d’or et d’argent ils avaient trouve cette creature diabolique qui leur barrait a jamais la route vers  la richesse et la gloire. je rajouterai comme autre hypothese mais  cela n’engage que moi , que peut etre etions nous la , face a un cadeau ultime et vengeur du grand Abd -El - Khadder  afin que son tresor repose a jamais, loin de toutes convoitises a l’abri de l’Oued Saida.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 PS.  j’espere que  ce lieu, le Vieux Saida, oasis de paix et de fraicheur , de mysteres et de legendes pour des generations de saideens de toute origine ,  pourra retrouver un jour prochain  sa quietude d’antan  apres l’episode sanglant de la guerre civile algerienne, quand  les tueurs genocidaires du GIA  s’y  terraient  lachement, ayant fait de ce coin de Paradis une de leurs bases arrieres.

Yacov Charbit ( Chroniques Saideennes )

25u1126 11,26 11u Sat, 26 Nov 2011 19:08:25 +010024,2010

Une nuit algerienne .( A la petite fille devenue ma maman )

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

< sois Loue Eternel notre Dieu qui a cree les cieux par ta Parole et les astres par le souffle de ta Bouche > ( benediction de la Lune )                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Le soleil s’est depuis longtemps cache derriere les collines qui entourent Saida. Une nouvelle nuit d’ete etend sa douceur sur la ville. Une legere brise s’est levee et apres ces chaleurs ecrasantes de la journee, on arrose cours et devants de portes. Comme un rituel qui se prolongera tout au long de l’ete, on bavarde petits et grands, on deguste de merveilleuses pasteques fraiches et parfumees qu’un petit vendeur arabe decoupe devant les yeux gourmands des enfants. Par moment, montent vers la rue sons de flutes et de tambours du vllage negre et sous ce ciel d’afrique crible d’etoiles, quel enchantement. Face a ce spectacle, il n’y a qu ‘a observer cette petite fille qui reste la envoutee par les cieux qui brulent de mille feux. Pourtant beaucoup ont ferme leurs portes, les jeux des enfants dans la rue ont pris fin. Le silence partout s’installe… Une nouvelle Nuit Algerienne distille sa feerie.

Yacov Charbit  ( chroniques Saideennes )

Yahou Nabi

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

Saida, Aout 1914.

Prostree dans sa cuisine, Kamrha n’a pa le coeur a l’ouvrage. Depuis ce matin une sourde angoisse l’etreind et ce n’est pas toutes ces nouvelles pleines de menaces qui pourrairnt dissiper ses craintes.. Comme tout Saida elle a appris ce matin   la declaration de guerre de la France a l’Allemagne. Alors malgres la chaleur etouffante de ce mois d’Aout, elle frisonne.Elle pense a ses deux aines , Puisse A Kadouch Barrourh , les proteger de tous ces dangers a venir. Quelques bribes d’une antique priere juive mais que toutes les meres du Monde partagent avec elle. Soudain des eclats de voix familieres lui parviennent. Ce sont justement ses deux fils qui traversent la cour. Dissimulee derriere sa fenetre, elle les couve de son regard  aimant et protecteur.

Ne sait elle pas deja ce que ses garcons ont decide . Un reve, un songe, c’etait il y a un mois…Sur un bateau perdu au milieu des flots agites se tenaient ses enfants. Au dessus d’eux dans un ciel transperce de lumiere, apparaissait un visage empli de douceurs et de saintete. Pour Kamrha, cela ne faisait aucun doute, il s’agissait de Yahou  Nabi  le prophete Elie. Soudain une tempete effroyable se levait, le ciel prenait une teinte obscure piquee de milliers d’eclairs. Quant au bateau il disparaissait aspire  dans un tourbillon sans fin. Subitement les eaux dechainees laissaient place a une mer paisible, le ciel retrouvait son bleu d’azur et au dessus du navire que l’on croyait englouti a jamais. On pouvait a nouveau contempler le meme visage  rayonnant de bonte et d’amour. Cette meme figure qui avait tant rassure Kamrha.

Depuis ce reve qu’elle avait tu a son entourage, Kamrha avait priee avec encore plus de ferveur, refusant de penser a cet avenir lourd de dangers. N’avait elle pas recu l’assurance que sa progeniture serait epargnee.Voici d’ailleurs ses deux garcons qui penetrent dans la cuisine, le pas hesitant et la mine attristee. Ne viennent ils pas de signer leur engagement volontaire pour toute la duree de la guerre !

Qui des deux freres va rompre ce signal glacial . De longues minutes qui s’egrenent, puis a l’unisson ils s’elancent vers  Kamrha , l’etreigne dans leurs bras vigoureux. La ils ne sont plus que des gamins quemandant un peu de tendresse pour une betise passee, le pardon pour ce coeur de mere que l’on blesse

cruellement. Pourtant malgres son chagrin, Kamrha tenait a rester confiante. C’etait il y a un mois, sur un bateau perdu au milieu des flots agites..

PS . Veridique. Les deux freres servant dans des regiments  distints  en Metropole vont se retrouver sur les Champs Elysees a l’occasion, si je ne commets pas d’erreur de l’Exposition Coloniale et ca mes amis, meme a Hollywood ils n’y auraient pas pense pour un de leurs films..!

Yacov Charbit ( Chroniques Saideennes )

33u1124 11,24 11u Thu, 24 Nov 2011 20:10:33 +010024,2010

Matin d’hiver.

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

Le vent froid a encore forci et Ephraim a bien du mal  a se premunir des bourrasques glaciales. Il n ‘a qu’a observer sa fidele monture qui peine sur ce chemin sans nom, un semblant de piste qui suit le lit asseche d’un oued. Saida est deja loin, perdue au fond de la vallee, ses lumieres apaisantes s’eteignent dans la brume. Tout autour pareil a une barriere infranchissable, le Djebell, la montagne sauvage et magnifique qui emprisonne la petite ville. Plus au sud la steppe qui grignote les derniers ilots de verdure. Plus loin encore le desert qui ouvre ses portes.

Ephraim connait bien ces paysages,  ses pieges et   les  pistes qui menent a des douars isoles . Il n’ y a pas d’autres choix possibles quand on a un grande famille a nourrir, des enfants en bas age qu’on veut voir grandir…

Ephraim est artisan bijoutier, un dur labeur dans ces contrees. L’argent peniblement gagne ne fait souvent que transiter. Il faut bien rembourser au preteur. Les recoltes ont elles ete bonnes. Alors les commandes passees par les arabes  se font plus nombreuses , bracelets, colliers d’argent , bijoux indigenes. Le travail vient il a manquer, logique implacable. C’est la disette..! Les ventres sonnent creux

et Ephraim a bien du mal a soutenir le regard inquiet de sa chere epouse Kamrha. Smala Chedaye, la vieille incantation en Judeo-Arabe resonne dans son coeur et  a l’evocation de  ces temps difficiles, Ephraim semble soudain frappe de resignation .  Dieu sait que l’homme ne se laisse pas facilement impressionner,  une haute stature, des epaules larges et solides et  le visage, au niveau du nez barre d’une cicatrice ingrate. Ici, tous le respecte, les arabes qu’il cotoie chaque jour ne l’ont il pas surnomme Aze, le bien aime, le cheri.

Insensible a la misere des hommes, un froid vif s’est installe. Un soleil pale tente desesperement d’eclairer la montagne. Ephraim et sa monture ne font plus qu’un, une minuscule tache de vie perdue au milieu de

l’immensite minerale. Encore un peu de courage et bientot on sera en vue du premier douar. Quelques mechtas aux murs blanchis, une ruelle en terre que se disputent des chiens aux allures fameliques et une ribambelle de gamins en haillons. Un jour le vent de l’histoire deboulera sur l’algerie pour se venger de tant d’injustices et pour en fabriquer d’autres…Mais il est encore trop tot.

Matin d’hiver sur les collines qui dominent Saida. La haut dans le ciel, le soleil lance ses feux dans une ultime bataille.

Yacov Charbit ( Chroniques Saideennes )

34u1122 11,22 11u Tue, 22 Nov 2011 09:05:34 +010024,2010

Back to Jeru… ( Paris 1999 )

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

Pour la petite histoire, j’a commence a ecrire le refrain de cette chanson entre deux stations de metro. J’etais loin de m’imaginer que 8 ans plus tard je serais de retour a Jerusalem,notre Capitale Retrouvee.

imagine,

Back to Jeru…

On l’a reve, on l’a voulu

On a pleure, on y a cru

Tu ne seras plus nommee la delaissee

et la terre ne s’appellera plus solitude.

Toi, tu auras nom celle que j’aime

et la terre se nommera l’epousee.

Et je leur donnerai un seul coeur

et je mettrai parmi vous un esprit nouveau.

J’oterai le coeur de pierre de leur corps

et je leur donnerai un coeur de chair.

Back to Jeru…

On l’a reve, on l’a voulu.

On a pleure, on y a cru.

En ce jour les montagnes ruisseleront

du jus de la vigne.

Les collines feront couler du lait,

tous les ruisseaux de Juda seront plein d’eau

En ce jour je recueillerai les brebis galeuses

Je rassemblerai celles qui etaient pourchassees

et celles que j’avais traiteees avec rigueur.

Back to Jeru…( refrain )

De nouveau des vieux et des vieilles

seront assis sur les places de Jerusalem

et les places de la Cite seront pleins

de jeunes garcons et de jeunes filles.

Louez le au son strident du Choffar,

Louez le avec le luth et la harpe.

avec le tambourin et les instruments de danse.

Que tout ce qui respire loue le Seigneur, Hallelouya…

Back to Jeru… ( refrain )

Allez, one more time

avec Isaie et Zacharie,

avec Joel et Ezechiel,

avec Michee et le roi David.

Back to Jeru…

On l’a reve, on l’a voulu.

On a pleure, on y a cru.

Yacov Charbit ( Nouvelles d’exil )

Les  versets cites et  arranges sont extraits du corpus du Tanarh et en particulier  du livre des Prophetes

39u1121 11,21 11u Mon, 21 Nov 2011 20:09:39 +010024,2010

Celebration Sepharade

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

Le printemps tant attendu s’est enfin pose sur Saida. Champs et collines alentour ont revetu leurs nouvelles parures. Partout ce n’est que myriades de fleurs et meme ces vastes etendues de steppe ont l’allure de vertes prairies. Cette terre si ingrate mais tellement reconnaissante pour qui sait la travailler demande    de durs labeurs. Alors quand vient le temps des recoltes,  on est  fier de tous ces fruits gorges de sucre, du ble couleur d’or qui court a l’horizon. Spectacle ephemere, bientot ce jardin merveilleux disparaitra sous les brulures repetees du ciel. Ainsi tout le monde en profite, fleurs et bourgeons se pressent a eclore, moutons et brebis trouvent enfin sur cette terre aride leur pitance, mane tombee des cieux. Pour les Juifs de Saida, voici venu le temps des fetes de Rabbi Meir Bal Nes et Rabbi Shimrhon Bar Yorhai. Depuis quelques jours des cuisinieres emerites preparent dans le plus grand secret les mets les plus odorants, mille et une douceurs qui font briller d’envie les yeux gourmands des enfants. Cachees dans leurs palais, elles dispensent avec magie, epices et condiments qui viennent rehausser farcis en tout genre, epaules d’agneau dans leur jus, omelettes Meguina moelleuses et dorees.  Enfin quand on aura charge toutes ces victuailles sur les chariots, on se rendra en procession joyeuse vers le cimetiere. Avant toute chose, il s’agit d’honorer le souvenir des anciens, s’attirer une protection ou est-ce  un voeu pieux qu’on s’etait promis d’accomplir. Rien dans ce ceremonial de triste alors que raisonne deja dans les allees le son du Houd et des Darboukas. Puis sous un soleil eclatant, on se met en route vers le Vieux-Saida, oasis de paix et de fraicheur. Bientot la fete Sepharade va battre son plein, hymme a Dieu et a la joie. Voila qu’un chant s’eleve repris par toute l’assemblee. Les mains claquent sur les peaux des tambours. Un cercle s’est forme ou se jettent danseurs et danseuses pour communier sur un rythme endiable. Quand les corps finissent par s’epuiser et quand les appetits les plus feroces sont rassasies, il n’y a plus qu’a trouver un coin d’herbe pour une sieste meritee. Seuls les enfants en bande continuent de courir. Leurs eclats de voix couvrent jusqu’a ce silense plein de moiteur qui s’est depose sur la petite clairiere. Le temps s’est arrete comme pour mieux ancrer en chacun, alors que resonnent les derniers you-you, ce bonheur. ce cri d’amour sans pareil.

Yacov Charbit ( Chroniques Saideenes )

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