AU FIL DES MOTS…

34u123 12,23 1u Mon, 23 Jan 2012 13:04:34 +010024,2010

freres d’infortune

Classé dans : Uncategorized — yacov charbit @

le rhandou cheib, he zorhour cleb . ( celui qui n’a pas d’amis, ce sont les chiens qui viennent le visiter ). Proverbe judeo-arabe que m’a transmis Maman et qu’elle meme a recu de Hanna, sa mere. Que son souvenir soit beni a jamais.

C’etait un dimanche matin d’hiver comme seul Paris est capable d’engendrer. L’obscurite menait encore une froide bataille face a un jour naissant, timide et deja perdant, J’etais assis depuis une  bonne heure dans le silence pesant, entrecoupe seulement des cliquetis et des roulements des tambours des machines a laver. Le son qu’elles produisaient me plonger dans une epaisse torpeur dont j’avais le plus grand mal a m’extraire. Il y avait le froid tenace qui regnait dehors et qui s’immissait jusqu’a l’interieur de la laverie. La lumiere artificielle bien trop agressive de cet univers aseptise finissait par planter le decor de ce deprimant debut de journee..!

Et pourtant…

Comment etait il arrive la, peut etre une halte obligee sur son parcours ? Toujours est il qu’il se tenait  face a la porte d’entree et me fixait de ses grands yeux suppliants. Lui, c’etait un  batard, un chien sans nom comme on en croise parfois au coeur de nos megapoles. Il continuait a m’observer avec insistance et dans son regard lourd de tristesse et beau a la fois. Je lisais vie de galere, vie sans toit, sans maitre aimant ni affection et jeux des enfants autour de lui. Pour tout cela et parce que la compagnie de nos amis a quatres pattes etait inscrite dans le patrimoine familial. J’avais decide de lui offrir refuge. Il avait traverse le local d’un pas resigne sans meme jeter cette fois ci un seul regard vers ma personne. Il s’etait dirige vers le fond de la laverie dans l’endroit le plus exigu et en meme temps le moins expose aux courants d’air glace. Cache a la vue des quelques rares clients, il pouvait enfin rever a quelques instants de repos. Il avait pousse un long soupir de soulagement et dans ses grands yeux fatigues de chien blesse. J’avais percu comme une forme de gratitude a mon egard. Nous etions , lui et moi, comme seuls au monde mais une evidence s’imposait au milieu de ce rude hiver  dont on ne percevait plus la fin. Nous nous etions sur le champ, reconnus freres d’infortune. Son souvenir me hante jusqu’a aujourd’hui et dans ce desert glacial que je traversais alors a Paris pour la derniere fois, Dieu merci. Ce  chien inconnu, sorti de l’obscurite que le Maitre du Monde, lui qui voit tout et entend tout, s’etait ingenie a placer sur mon chemin. portait sans le savoir, ce brave toutou, un message d’espoir qui venait contredire, fusse pour quelques minutes cette vision d’un Paris indifferent a la solitude et a la misere de  ses habitants.

Yacov Charbit ( sur l’autre rive )


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